Comment anticiper les cas de Covid-19 en inspectant les égouts

Que devient l’eau que l’on rejette chaque jour ? Témoin de nos vies quotidiennes, elle aurait le pouvoir de prédire les futurs cas de Covid-19. Passionnée par ce monde souterrain, la jeune chercheuse Kamilia Haboub nous plonge avec elle dans sa recherche, dévoilant les secrets de nos eaux usées. Doctorante à l’Université Laval dans la Ville de Québec, Canada, elle est l’invitée de la série “Tête chercheuse”. 

Et si l’eau des égouts pouvait prédire les futurs cas de Covid-19 ? C’est en tout cas l’une des applications de la recherche de Kamilia Haboub, doctorante en génie civil et des eaux d’origine marocaine. “Avec les eaux usées, on peut avoir une semaine d’avance sur le médical”, affirme la chercheuse de l’Université Laval, à Québec au Canada.

Comment ? En étudiant les bactéries et les virus, toutes ces particules qui se trouvent dans nos égouts. “Avec ce modèle, on sait que l’on aura x quantités de particules qui peuvent contenir du Covid-19 dans l’eau”, poursuit la membre de la chaire de recherche modelEAU sur la qualité de l’eau. Kamilia Haboub rapporte qu’une équipe de plus de 100 personnes est chargée d’aider à la détection des cas au Québec.

Pourrait-on éradiquer le Covid-19 de l’eau plutôt que de se contenter de le détecter ? “Pour l’instant, on se contente de détecter le virus seulement. Il y a probablement des études en cours pour comprendre comment il se transmet”, explique Kamilia Haboub. 

Les villes d’Ottawa et de Calgary utilisent déjà le même principe d’études des eaux usées pour prédire les éclosions ou une prochaine vague de la pandémie. La Belgique aussi collecte l’eau entrant dans les stations d’épuration pour suivre la circulation du virus. 

Nos égouts décortiqués

“Le Covid-19 permet de voir l’utilité de notre modèle, mais son application n’a pas de limites !”, se réjouit Kamilia Haboub. Pour elle, la pandémie aide à valoriser ce secteur méconnu, mais au combien essentiel des égouts et de l’assainissement. “Quand on prend sa douche, ou que l’on fait sa vaisselle, on ne pense pas à ce que l’eau qu’on rejette devient”, explique-t-elle. Elle étudie justement l’eau au moment où elle quitte notre appartement et où elle entre dans les égouts. 

“Si l’on prend l’eau à cet endroit, elle n’est pas claire, il y a beaucoup d’éléments. Il y a tout un écosystème, des bactéries et des virus.” Ensuite, en passant dans les tuyaux, l’eau va probablement changer, être plus polluée et contenir d’autres éléments en arrivant à la station d’épuration. 

Le travail de la chercheuse se concentre sur la qualité de l’eau et sur les particules présentes tout au long de ce parcours. “Avant, on caractérisait les particules grossièrement, maintenant on les regarde en détail, car elles ont différentes tailles, caractéristiques, etc.” 

Des économies pour les villes

Une équipe entière se consacre à l’étude de l’ensemble du réseau d’égouts. Kamilia Haboub, elle, se concentre sur cette petite partie du circuit entre les habitations et la station d’épuration. Et son objectif est de prédire quelle sera la qualité de l’eau quand elle entrera dans la station d’épuration. “Je m’intéresse au transport en lui-même”, précise-t-elle. 

Elle étudie les particules présentes dans les eaux usées et développe un modèle de transport de ces eaux usées sur cette portion du parcours. Travaillant de concert avec la Ville de Québec, son modèle sera directement utilisé par la municipalité, mais aussi éventuellement par d’autres villes de la province, voire du pays. 

Le but de son travail ? Modéliser un parcours, un transport de l’eau efficace et simple. De quoi faire de grosses économies à la Ville de Québec. Comme pour toutes les municipalités, le traitement de l’eau coûte cher. “Cela permettra de traiter l’eau plus efficacement, car on saura quelle eau entre dans la station d’épuration”, explique la chercheuse. 

De même pour la rénovation ou le nettoyage du réseau, poursuit-elle : “On pourra repérer les points noirs et l’on saura quand et où faire un nettoyage, plutôt que de faire toute une procédure sur tout le réseau.”

Eaux usées et protection de l’environnement

Si Kamilia Haboub travaille spécifiquement sur le transport d’eaux usées, il y a une équipe entière mobilisée sur tout le cycle de l’eau. “C’est aussi tout un défi de réfléchir à rejeter l’eau dans l’environnement sans polluer”, explique-t-elle. 

Inconnu et dévalorisé, le monde souterrain des égouts est pourtant essentiel à notre vie quotidienne. Il est aussi au cœur de la protection de notre environnement. Pour Kamilia Haboub, c’est aussi sans prendre à la légère : la source “de ce qui nous permet de nous baigner à la plage”.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.