Helmi M’rabet : “Malgré le racisme, nous sommes là et il faudra faire avec”

À 24 ans, le collaborateur de la députée France insoumise (FI) Mathilde Panot défend avec véhémence les habitants des quartiers populaires et les musulmans. Il vit les procès islamogauchisme comme une “profonde blessure” et estime que le parti de Jean-Luc Mélenchon s’est “conscientisé” sur les questions d’islamophobie. 

Il a de l’énergie à revendre. En 2017, Helmi M’rabet a rejoint le cabinet de la députée France insoumise (FI) Mathilde Panot. Depuis, il n’arrête pas. Le jeune homme de 24 ans, qui a grandi entre Vitry-sur-Seine et Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne (94), n’a pourtant pas le profil du futur politicien classique. Ses parents tunisiens sont arrivés en France dans les années 1980. “Mon père est arrivé le jour de l’investiture de François Mitterrand, il est trop fier de cette histoire”, nous raconte-t-il. Un paternel débarqué sans diplôme qui a monté les échelons de son entreprise. Jusqu’à ce qu’un licenciement oblige la famille à vivre quelques années à sept dans un F2. Reste que chez les M’rabet, la politique a toujours été un sujet : “Al Jazeera était tout le temps allumé. La mort de Saddam Hussein a été un vrai drame pour ma mère”, se remémore le Vitriot, qui a aussi été marqué par les émeutes de 2005 en banlieue.

Il s’inquiète de l’islamophobie grandissante dans son pays. “J’ai vu une amie qui portait le voile se faire insulter dans la rue devant moi.” C’est en travaillant sur son mémoire de sciences politiques à Paris 8 sur l’émergence de la FI qu’il entre en contact avec Mathilde Panot, députée de son département fraîchement élue. Elle le prend en stage puis, très vite, lui propose de devenir son collaborateur. “À l’époque, je livrais des pizzas, je surveillais des parkings la nuit.” Depuis, il est devenu un militant aguerri et poursuit un master en sciences des religions à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE). Le sujet ? Le rapport de l’Assemblée nationale à la religion musulmane. 

Diaspora : Comment avez-vous vécu le débat sur l’islamogauchisme ? 

Helmi M’rabet : C’est une profonde blessure. Il y a eu les judéo bolcheviques dans les années 1930 et aujourd’hui, on a les islamogauchistes. C’est un néologisme utilisé avec la volonté de créer un ennemi. Quand le musulman prend la parole publiquement et qu’il se positionne, ça insinue forcément qu’il a des arrière-pensées, des projets pour la France, qu’il veut remplacer le pays… Le débat est tellement faussé. Comment la ministre de l’Enseignement supérieur peut-elle lancer une chasse aux sorcières à l’université sur un truc qui n’existe même pas, alors qu’il y a des queues de 500 personnes tous les soirs pour la soupe populaire ? 

Le gouvernement d’Emmanuel Macron est aujourd’hui partie prenante de polémiques liées à l’islam, mais les partis de gauche comme le Parti socialiste (PS) ont aussi nourri ces débats… 

En effet, le gouvernement de Manuel Valls sous la présidence de François Hollande a fini de dilapider toute la confiance qu’avaient les habitants des quartiers populaires dans le PS. Au sujet de l’islam, pour certaines personnalités de la gauche historique, l’argument sans cesse avancé est le droit de critiquer les religions. Évidemment que c’est permis. Mais ils jettent en pâture les musulmans, les ostracisent et leur font comprendre que s’ils restent à l’écart, c’est mieux. Les musulmans sont exclus de la discussion. Citez-moi un seul débat sur le foulard où une femme voilée a été invitée ? Il en est de même pour la discrimination à l’embauche, l’accès au logement, les violences policières… L’islamophobie a un impact sur la vie des gens ! 

Comment la ministre de l’Enseignement supérieur peut-elle lancer une chasse aux sorcières à l’université sur un truc qui n’existe même pas, alors qu’il y a des queues de 500 personnes tous les soirs pour la soupe populaire ?

HELMI M’RABET, MEMBRE DU CABINET DE LA DÉPUTÉE FRANCE INSOUMISE

La question du voile cristallise les passions, le Sénat vient de voter l’interdiction des sorties scolaires pour les mères accompagnatrices voilées. Comprenez-vous l’argument de la laïcité ?  

Non, c’est une catastrophe. Un des arguments sur le voile est de dire : “Regardez, l’Arabie saoudite et l’Iran forcent les femmes à porter le voile !” Mais défendre les femmes voilées en France et celles qui souhaitent le retirer ailleurs n’est pas incompatible. C’est la liberté des femmes de se vêtir comme elles le veulent qu’il faut défendre. Après l’attentat de Nice, au cours duquel des centaines de personnes sont mortes, une jeune femme voilée dont la maman avait été tuée s’est rendue sur France 5 pour présenter son livre et tenir un discours des plus apaisants. À la fin de la discussion, on lui a fait remarquer ce qu’elle portait sur la tête. On juge les femmes sur leur apparence et pas sur ce qu’elles disent. La police du vêtement n’a pas de sens.

Quelles sont les conséquences sur l’engagement politique des populations ? 

Ce climat entraîne une prise de distance avec la politique. C’est ce qui est en train de se passer avec le taux d’abstention extrêmement élevé et le désengagement des jeunes. Les gens ne veulent plus faire confiance aux médias et aux politiques. En même temps, c’est l’effet recherché. Ce tapage médiatique a pour but de dégoûter les gens, avec le message : “On ne veut pas de vous dans les sphères sociales et politiques, c’est compris ?” Toutefois, de l’espoir subsiste, on a une génération qui dit haut et fort : “On est là et il faudra faire avec !” 

Vous avez pourtant rejoint la France insoumise. Le parti ne tombe-t-il pas également dans ces travers ? 

Ma lecture est qu’il y a eu une conscientisation très forte au sein de la FI ces dernières années, notamment de la part de Jean-Luc Mélenchon. De par son parcours politique, il n’était pas directement confronté à ces questions, ce n’était pas son milieu, il ne voyait peut-être pas ce qu’il se passait. 

Depuis quelques années, la concentration d’actes et de propos tenus d’une manière de plus en plus libérée, et pas seulement par l’extrême droite, est telle que les choses ont changé. Il ne faut pas oublier que la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019, à laquelle Jean-Luc Mélenchon a participé, faisait suite à l’attentat de la mosquée de Bayonne. Cette conscientisation est salutaire et fait avancer la cause. Cela fait du bien à celles et ceux qui sont discriminés de se sentir soutenus. 

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